Description:Africaniste qui a travaillé au Nigeria, au Congo, au Kenya et en Afrique du Sud, et directeur de recherche à l’Institut de recherche sur le développement, l’auteur fait part de son expérience sur le phénomène guerrier. Comment accéder à des terrains difficiles pour en cerner le maximum de facettes ? Comment enquêter sur des situations troubles, alors que tant de filtres déforment le regard de l’observateur ? La démarche empirique employée n’exonère pas le politiste d’une réflexion anthropologique.La première question porte sur le mot « guerre ». Celui-ci renvoie à des notions différentes : conflits, affrontements armés, chocs violents. La notion de guerre civile varie selon qu’on la considère comme une lutte entre un gouvernement et une ou plusieurs guérillas, ou bien comme des combats entre divers groupes insurrectionnels dans des pays où il n’y a plus vraiment d’État, comme en Somalie. Parler de miliciens, de belligérants, de résistants ou d’insurgés n’a pas la même portée ; un franc-tireur isolé ou un guérillero membre d’un collectif ne relèvent pas de la même catégorie. Le mot « terroriste » est très disputé, car il s’agit d’un « qualificatif disqualifiant ». Des chercheurs ont recensé deux cent cinquante définitions du mot. Il en est de même du héros, martyr, soldat révolutionnaire. La question de la dénomination est devenue vitale depuis 2001, car on a eu tendance à djihadiser la quasi-totalité des conflits, qui relevaient auparavant de catégories différentes. Bien des gouvernements s’abritent derrière cette qualification pour obtenir de l’aide, s’exonérer de certaines obligations ou justifier leur régime répressif.L’expérience et l’étude minutieuse du terrain montrent que maints conflits sont d’abord fonciers, opposant nomades et agriculteurs, ont des sources locales, où des groupes de population se sentent marginalisés, brutalisés, ou ont le sentiment de ne pas bénéficier de la distribution des richesses, comme dans le delta du Niger au Nigeria. Mais les observateurs ont eu tendance à leur conférer une nature religieuse, qui se substituait à toutes les autres au point de devenir la caractéristique unique des différents conflits au Sahel, dans le Nord-Est du Nigeria, au Sud-Soudan et ailleurs, comme au Mindanao.La notion de « société civile », tant employée, semble floue à l’auteur, car elle oppose les appareils d’État (supposés corrompus) aux populations, par nature au-dessus de tout soupçon : une division binaire, souvent simpliste, mais bien commode. On oppose aussi les combattants militaires aux combattants civils, ce qui est souvent réducteur.On n’a que trop tendance à intégrer ces multiples conflits dans une catégorie globale, plus encore à les « traiter » avec les mêmes méthodes. Comme si les conflits n’étaient orchestrés que de l’extérieur, ce qui tend à négliger leurs sources locales, qu’il s’agit précisément de bien élucider. L’image d’un djihad global paraît à cet égard pernicieux à l’auteur, car elle s’apparente trop à la théorie du complot, elle tend par ailleurs à postuler l’existence d’un centre unique à partir duquel partiraient tous les ordres, seraient préparées toutes les actions et émaneraient toutes les manipulations. Entre Daech, Al-Qaïda et la myriade d’organisations djihadistes, rebelles, insurrectionnelles et mafieuses, les relations sont en fait complexes, mouvantes et conflictuelles.Marc-Antoine Pérouse de Montclos s’en prend aux théoriciens des « nouvelles guerres ». Pour Mary Kaldor et Paul Collier, par exemple, celles-ci se caractérisent par le déclin de la puissance publique, la perte de souveraineté des États, le démantèlement de leur territoire, la privatisation de la conduite des hostilités, la fragmentation des acteurs de la belligérance, la prolifération des armes, la multiplication des conflits, leur complexification, leur démilitarisation, leur dépolitisation, leur criminalisation et leur caractère prétendument plus meurtrier pour les civils. Or l’auteur montre, de multiples exemples à l’appui, que bien des conflits passés ont revêtu certains de ces aspects. La guerre ne s’est jamais réduite aux seuls affrontements entre armées conventionnelles.Comment expliquer alors la violence ? Quelles sont les causes des guerres ? Sur ce point, Marc-Antoine Pérouse de Montclos s’en prend aux approches théoriques qui mettent l’accent sur un facteur prépondérant : l’approche culturaliste, qui avance l’idée que certains groupes de populations seraient « naturellement » plus violents que d’autres, l’approche malthusienne, qui voit la source des conflits dans l’excès de population jeune, l’économie politique, marquée par l’« obsession des ressources ». Une autre dérive concerne le fait que les humanitaires lancent des campagnes de sensibilisation qui tendent à déformer la réalité au profit du sensationnel. Il en est de même de l’usage des statistiques, dont les sources ne sont pas homogènes, les approches trop globales et les comparaisons historiques ...We have made it easy for you to find a PDF Ebooks without any digging. And by having access to our ebooks online or by storing it on your computer, you have convenient answers with Deconstruire la guerre. To get started finding Deconstruire la guerre, you are right to find our website which has a comprehensive collection of manuals listed. Our library is the biggest of these that have literally hundreds of thousands of different products represented.
Description: Africaniste qui a travaillé au Nigeria, au Congo, au Kenya et en Afrique du Sud, et directeur de recherche à l’Institut de recherche sur le développement, l’auteur fait part de son expérience sur le phénomène guerrier. Comment accéder à des terrains difficiles pour en cerner le maximum de facettes ? Comment enquêter sur des situations troubles, alors que tant de filtres déforment le regard de l’observateur ? La démarche empirique employée n’exonère pas le politiste d’une réflexion anthropologique.La première question porte sur le mot « guerre ». Celui-ci renvoie à des notions différentes : conflits, affrontements armés, chocs violents. La notion de guerre civile varie selon qu’on la considère comme une lutte entre un gouvernement et une ou plusieurs guérillas, ou bien comme des combats entre divers groupes insurrectionnels dans des pays où il n’y a plus vraiment d’État, comme en Somalie. Parler de miliciens, de belligérants, de résistants ou d’insurgés n’a pas la même portée ; un franc-tireur isolé ou un guérillero membre d’un collectif ne relèvent pas de la même catégorie. Le mot « terroriste » est très disputé, car il s’agit d’un « qualificatif disqualifiant ». Des chercheurs ont recensé deux cent cinquante définitions du mot. Il en est de même du héros, martyr, soldat révolutionnaire. La question de la dénomination est devenue vitale depuis 2001, car on a eu tendance à djihadiser la quasi-totalité des conflits, qui relevaient auparavant de catégories différentes. Bien des gouvernements s’abritent derrière cette qualification pour obtenir de l’aide, s’exonérer de certaines obligations ou justifier leur régime répressif.L’expérience et l’étude minutieuse du terrain montrent que maints conflits sont d’abord fonciers, opposant nomades et agriculteurs, ont des sources locales, où des groupes de population se sentent marginalisés, brutalisés, ou ont le sentiment de ne pas bénéficier de la distribution des richesses, comme dans le delta du Niger au Nigeria. Mais les observateurs ont eu tendance à leur conférer une nature religieuse, qui se substituait à toutes les autres au point de devenir la caractéristique unique des différents conflits au Sahel, dans le Nord-Est du Nigeria, au Sud-Soudan et ailleurs, comme au Mindanao.La notion de « société civile », tant employée, semble floue à l’auteur, car elle oppose les appareils d’État (supposés corrompus) aux populations, par nature au-dessus de tout soupçon : une division binaire, souvent simpliste, mais bien commode. On oppose aussi les combattants militaires aux combattants civils, ce qui est souvent réducteur.On n’a que trop tendance à intégrer ces multiples conflits dans une catégorie globale, plus encore à les « traiter » avec les mêmes méthodes. Comme si les conflits n’étaient orchestrés que de l’extérieur, ce qui tend à négliger leurs sources locales, qu’il s’agit précisément de bien élucider. L’image d’un djihad global paraît à cet égard pernicieux à l’auteur, car elle s’apparente trop à la théorie du complot, elle tend par ailleurs à postuler l’existence d’un centre unique à partir duquel partiraient tous les ordres, seraient préparées toutes les actions et émaneraient toutes les manipulations. Entre Daech, Al-Qaïda et la myriade d’organisations djihadistes, rebelles, insurrectionnelles et mafieuses, les relations sont en fait complexes, mouvantes et conflictuelles.Marc-Antoine Pérouse de Montclos s’en prend aux théoriciens des « nouvelles guerres ». Pour Mary Kaldor et Paul Collier, par exemple, celles-ci se caractérisent par le déclin de la puissance publique, la perte de souveraineté des États, le démantèlement de leur territoire, la privatisation de la conduite des hostilités, la fragmentation des acteurs de la belligérance, la prolifération des armes, la multiplication des conflits, leur complexification, leur démilitarisation, leur dépolitisation, leur criminalisation et leur caractère prétendument plus meurtrier pour les civils. Or l’auteur montre, de multiples exemples à l’appui, que bien des conflits passés ont revêtu certains de ces aspects. La guerre ne s’est jamais réduite aux seuls affrontements entre armées conventionnelles.Comment expliquer alors la violence ? Quelles sont les causes des guerres ? Sur ce point, Marc-Antoine Pérouse de Montclos s’en prend aux approches théoriques qui mettent l’accent sur un facteur prépondérant : l’approche culturaliste, qui avance l’idée que certains groupes de populations seraient « naturellement » plus violents que d’autres, l’approche malthusienne, qui voit la source des conflits dans l’excès de population jeune, l’économie politique, marquée par l’« obsession des ressources ». Une autre dérive concerne le fait que les humanitaires lancent des campagnes de sensibilisation qui tendent à déformer la réalité au profit du sensationnel. Il en est de même de l’usage des statistiques, dont les sources ne sont pas homogènes, les approches trop globales et les comparaisons historiques ...We have made it easy for you to find a PDF Ebooks without any digging. And by having access to our ebooks online or by storing it on your computer, you have convenient answers with Deconstruire la guerre. To get started finding Deconstruire la guerre, you are right to find our website which has a comprehensive collection of manuals listed. Our library is the biggest of these that have literally hundreds of thousands of different products represented.